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Situations à risque et stratégies défensives

Une situation à risque se caractérise par une organisation du travail qui génère de la souffrance. Une situation devient particulièrement à risque pour la santé mentale lors que pour y faire face, un prof doit trouver des stratégies défensives comme :

Une adaptation palliative à la mission de l’école « réparatrice » : les profs comble des manques (sociaux, éducatifs, organisationnels) et s’engagent dans une relation d’aide qui dépasse leur travail d’instruire. Ils se forgent une carapace pour être « productifs » et pratiquent un discours positif « ça va bien aller! ».

Une adaptation réactive à l’envahissement du travail : les profs repoussent continuellement les limites… jusqu’à ce qu’ils doivent se retirer du travail, par la prise de congés.

Voici les six situations à risque :

  • La lourdeur du travail : trop ou pas assez

    Le quotidien d’un prof comporte des périodes de contact intense tant sur les plans cognitif (ex. : activités simultanées avec les élèves) qu’affectif (ex. : gestion des conflits). Tant et si bien qu’il devient difficile de prendre une distance par rapport aux problèmes vécus en classe. En avoir trop, c’est être débordé. Comment? Principalement en ayant un trop grand nombre d’élèves en difficulté, pour une classe ordinaire, qui vivent avec de sérieuses problématiques (déficit d’attention, troubles comportementaux, syndrome d’Asperger, retards scolaires, etc.). Le prof ne fait plus qu’enseigner et qu’accompagner. Il doit aussi faire une part de travail invisible, souvent au prix d’un surinvestissement individuel. Ne pas en avoir assez, c’est souvent se débrouiller seul, c’est faire ce qu’on peut, pas ce qu’on veut. À force de trop vouloir intégrer et adapter, la tâche d’enseigner en est devenue une de compromis. En somme, la lourdeur du travail conduit à la longue à un épuisement, la fatigue s’accumule et devient inquiétante.

  • Les pressions du temps : tout de suite, maintenant!

    Le temps prend une autre dimension pour un prof. On peut penser à l’image d’une pieuvre : d’une part, le travail s’intensifie, il y a plus de situations de crise et d’urgence, les tâches se superposent et débordent forcément sur la vie personnelle. D’autre part, le temps de travail des profs est géré avec une « feuille de tâches », un outil qui ne reflète pas la réalité. Le travail est ainsi décomposé en minutes, souvent insuffisantes en pratique, pour contenir tout ce qu’il faut mettre en place pour réellement enseigner. Aussi, ce minutage ne tient pas compte de la simultanéité du travail qui se traduit par la nécessité de faire plusieurs choses en même temps et à des rythmes différents, tout en manquant cruellement de ce temps. Le prof se retrouve donc à l’opposé de l’essence même de son travail : prendre du recul, du temps de réflexion, de la planification. En somme : le temps manque. Cruellement.

  • La complexité et la confusion des rôles

    Dans notre imaginaire, l’idée du travail d’un prof : il est dans sa classe, avec ses élèves. Il est le maître à bord, c’est le cas de le dire. Toutefois, ce n’est plus tout à fait vrai. Aujourd’hui, d’autres personnes, des enseignants ressources, des éducateurs spécialisés ou autres, peuvent aussi être dans cette même classe pour y exercer leur spécialité. De plus, le travail d’enseigner ne se limite maintenant plus aux murs de la classe. Il est donc question d’équipe-école, de multidisciplinarité, de polyvalence. Le prof n’est plus seul. Et tous se partagent le même champ éducatif, parfois le même lieu d’exercice, leur mission semble se déplacer de même que celle de l’école. Paradoxalement, les enseignants ont le sentiment de devoir jouer tous les rôles – travailleur social, psychologue, conseiller d’orientation, infirmière – sauf le leur. En somme, ce mode de travail multidisciplinaire participe, pour les enseignants, à une confusion des rôles qui est peu profitable à leur travail d’enseignement.

  • La bureaucratie et la désorganisation

    Le personnel scolaire se démène entre bureaucratie et désorganisation. D’un côté, la bureaucratie organise le travail avec des rapports, des feuilles de tâches, des modes de communication du haut vers le bas, etc. De l’autre côté, la désorganisation se manifeste, particulièrement lors des rentrées scolaires qui sont frénétiques, même parfois chaotiques. La bureaucratie, censée mettre de l’ordre dans le fonctionnement de l’école, irrite les profs et les épuise, tôt, en début d’année scolaire. Aussi, peu importe sa forme, la reddition de comptes constitue une tâche qui prend non seulement temps mais aussi énergie : le prof est ainsi moins disponible pour ses élèves et pour exercer son métier d’instruire. S’ajoutent à cela les ressources financières, qui suscitent bien des interrogations de la part des profs. Le matériel manque, la gestion des locaux est problématique… comment est donc dépensé cet argent pour répondre adéquatement aux besoins? En somme, la relation des profs avec leur supérieur tend à s’effriter, puisqu’ils ne peuvent pas compter sur le pouvoir administratif pour contribuer à les aider à faire adéquatement leur travail.

  • Le non-respect et la violence

    Le ton, le vocabulaire, le manque de politesse et de soucis des uns à l’égard des autres font du milieu scolaire un milieu dur. Les jeunes ou même les parents s’en prennent aux profs soit en contredisant ou en contrecarrant ce qui est mis en place. L’autorité des profs est bafouée. Souvent, les profs vivent ces situations seuls, parfois dans la honte. À cela s’ajoute les conduites déloyales entre collègues, qui se traduisent par de la médisance ou du commérage. Ultimement, il y a aussi le harcèlement psychologique. Discréditer un collègue aux yeux des élèves, voire aux yeux de la direction, c’est douloureux à supporter. À cela s’ajoutent certaines pratiques de gestion, qui conçoivent le personnel comme des individus à contrôler, à suspecter, à poursuivre (pensons à la contestation systématique des accidents de travail ou des maladies professionnelles) et qui constituent de la violence organisationnelle. En somme, le non-respect et la violence sont omniprésents non seulement en classe, mais aussi avec les collègues et les supérieurs.

  • La précarité d’emploi et de travail

    La précarité d’emploi et de travail, c’est une situation qui fragilise non seulement le lien d’emploi (instabilité, nombre insuffisant d’heures de travail, mobilité forcée, etc.), mais aussi le rapport au travail (groupes difficiles et manque d’outils adéquats : information, formation, expérience, etc.). Par exemple, de jeunes enseignants sont contraints à faire leurs premières expériences avec les groupes les plus difficiles, ce qui contribue sans doute à leur décrochage professionnel. La situation n’est pas plus rose pour les plus anciens, car ils ont aussi des difficultés à demeurer jusqu’à la fin de leur carrière, et la situation précaire des nouveaux collègues rebondit souvent sur la leur. Impossible de repousser une demande d’aide, mais l’accepter fait resurgir l’idée obsédante du temps qui ne sera pas rattrapé pour son propre travail. En somme, la précarité induit de l’instabilité qui se répercute dans toutes les activités du travail scolaire.